Le Turc Mécanique


Homme versus Machine


 
Programmation
#Label #Interview #ActeurCulturel

Publié le 11/03/2016

La prog, les artistes : tout ce qu'il faut retenir sur l'actu des concerts à la Cave !
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Quatre ans que Charles épuise son banquier à coups de sorties vinyles sans concessions : conversation à contre-culture avec la tête du Turc, avant d'accueillir toute la famille le 7 avril 2016 à la Cave.


Tu définis le Turc Mécanique comme un label « post-punk »...
Le mot Post-Punk est une valise pour moi, un moyen de raccrocher tous les artistes sous une étiquette. Ces temps-ci, j'aime bien l'idée de dire que Le Turc Mécanique est un label punk qui sort des disques qui se rattachent tous, d'une manière ou d'une autre, au post punk - soit une musique dark, bruyante, synthétique, agressive,...
Pour le 7 avril d'ailleurs, on est typiquement à une extrémité de ce spectre musical : celui de la techno, de la musique électronique. Mais les mecs ont tous en eux cette espèce de violence, de danger hérité du punk. D'ailleurs, c'est aussi pour ça que ça semblait évident de rameuter Maoupa Mazzocchetti, qui a lui aussi carrément cette espèce de sentiment en lui. 

LTM au départ c’est un label cassette : c’était quoi l’idée là ?
Au début et jusque dans le nom du label, il y avait un truc très modeste : Le Turc Mecanique est un canular, un faux robot-joueur d'échec du 18eme siècle dans lequel un mec était planqué. J'ai pris ce nom parce qu'au début, je faisais vraiment juste des cassettes dans ma chambre, en "jouant aux labels". Puis l’appétit vient en mangeant, les groupes sont trop bons pour sortir sur des "petites cassettes", donc je me suis mis au vinyle, le "support roi". Et puis le label a pris aussi une portée et une ambition nouvelle : les groupes sortent des disques inspirants qui font que j'ai envie de me battre pour eux, donc je frappe plus fort, je dors de moins en moins et je passe de plus en plus de temps à faire en sorte que vous les écoutiez. Maintenant, je veux que le label représente avec un vrai impact une espèce de contre-culture française.


je veux que le label représente avec un vrai impact une contre-culture française



Cassettes et vinyles : ça part plutôt d'un rejet de l'outils numérique ou d'une déclaration d'amour au grain vintage ?
La plupart des groupes, sinon l'essentiel, travaillent avec des machines. Je n'aime généralement pas la musique issue d'Ableton et ces trucs là. Jardin, Teknomom et Harshlove jouent leur live entièrement sur machine ou sont en train de complètement se séparer de l'ordinateur. Les machines permettent un rapport plus corporel à la musique, plus punk, qu'elle soit électronique ou hybride, rock, de manière générale.  Le numérique, je n'ai rien contre, et je ne suis surtout pas du genre à dire "c'était mieux avant", mais dans la façon de faire de la musique, c'est un médium qui "sent moins l'être humain" qui est derrière la musique.

Tu revendiques des productions violentes ou radicales, des choix en marge...
Il y a plein de groupes que je trouve horribles, pour lequel je nourris une vraie haine : généralement, ce sont des mous, des assistés, des "jeunes talents", ce genre de truc. L'objectif avoué du label, c'est de les dégager de la place et d'y mettre des propositions exigeantes, racées, puissantes.
Par exemple, on a l'impression que les programmateurs de festivals ont peur de "troubler les gens". Mais au contraire : à chaque fois qu'on met un truc un peu ambitieux face à un public qui le découvre, il y réagit positivement, au moins de l'intérêt et de l'étonnement, au mieux en sautant dans tous les sens.
Globalement, je suis pour qu'on arrête de prendre les gens pour des idiots, parce qu'ils ne le sont pas. Ça fait trop longtemps que le business de la musique tend vers la médiocratie, le nivellement par le bas. Je veux justement me battre pour les méritants.

L'iconographie, l'identité du label puise dans le vintage autant qu'une certaine immédiateté, du sobre/brut biberonné à la sauce trash : comment tu aborde le côté graphique ? Est-ce important aussi, en parallèle de la musique ? 
Les pochettes de disques sont, 90% du temps, gérée par les groupes, je ne veux pas interférer sur leur propos artistique, ce serait le meilleur moyen de "tout gâcher". Mais il s'avère qu'il se dégage de tout ça une espèce de cohérence : des corps, des gueules, des textures... Pour les flyers par contre, j'utilise une ligne graphique qui m'a été soufflée par Harshlove, cette espèce de texture "gravure" et une police droite, balaise et fière. A l'image du label, somme toute !


il y a plein de groupes que je trouve horribles. l'objectif avoué du label, c'est de les dégager de la place et d'y mettre des propositions exigeantes, racées, puissantes.



On dit souvent qu'un label indé c'est avant tout une famille. C'est quoi l'esprit de famille LTM ?  
Au niveau humain, il y a une même appréhension du Do It Yourself comme la norme : tournées dites "à l'arrache", débrouille, refus du vedettariat. Et par extension, une vraie notion d'entraide. L'un organise une date à l'autre dans son bled, tel artiste va aider tel autre à finir sa pochette de disque, prendre plaisir à essayer de faire dès que possible des concerts ensemble etc...

Comment choisis tu les artistes avec qui tu travailles ?
Artistiquement, j'aime à penser qu'il se dégage de tous les disques, d'une manière ou d'une autre, la même sensation de "malaise contemporain". Que ça renvoie toujours à cette idée que tout va pour le pire, et qu'on doit se démerder avec, contre ou en s'échappant de ça. Les groupes peuvent parfois sembler n'avoir rien à voir les uns avec les autres, et pourtant, quiconque écoute l'ensemble retrouve ce "malaise contemporain".  
Malgré tout, il y a un cadre musical, certes large, qui implique des synthétiseurs, des boîtes à rythmes, des guitares bruyantes, un tension punk, etc... Je préfère être le reflet, le vecteur, de ce qui se passe ici et maintenant dans les souterrains de la musique que de faire 10 fois le même disque sous prétexte d'être simple à appréhender, de rentrer dans une case facile.

T'as une autorisation de découvert hors du commun côté banque ? y'a pas un côté un peu maso à lancer un label de nos jours ?
C'est pas tant maso que de l'ordre du fanatisme. Un tiers de mon petit salaire part chaque mois pour que le label puisse continuer à sortir beaucoup de disques. J'ai un tout petit loyer en banlieue de Paris et je passe mon temps à avoir les yeux rivés sur mon solde pour essayer de "tenir le mois".
Mais de l'autre côté, si j'avais pas ce label, je sais pas bien ce que je ferais. J'aurais certainement pas de boulot à côté, je passerais mon temps à rien branler en déprimant chez moi, quelque chose du genre. JB Wizz, qui fait Born Bad, avec qui je ne suis pas toujours d'accord sur tout, disait un truc comme : "je suis venu au monde pour faire ce label". Je me retrouve vachement dans cette idée, toute cliché qu'elle puisse sembler être.

Quels projets pour LTM ?
Changer, tant que faire ce peut, la face du paysage musical français. Accueillir et stimuler des artistes créatifs, être force de contreproposition face au renoncement global que semble vivre la musique en surface. Mais oui, je n'ai pas de plan, et surtout pas d'autre business plan que de continuer à exploser mon compte en banque pour porter des groupes excitants.
Continuer à vivre et à faire vivre, au public notamment, des moments exaltants.

plus sur Zwarte Piet + Charles LTM

Vos avis

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